La restauration de l’orgue de la Providence revêt une importance particulière pour l’Histoire de l’orgue à Nice et dans son Comté. Il s’agit tout d’abord de l’instrument le plus ancien de la ville de Nice, et, pour l’ensemble de son Comté, le seul témoin des orgues de l’Ancien Régime avec l’orgue portatif de la Brigue, remontant au XVIIe siècle, qui a perdu sa tuyauterie, et l’orgue de Breil, partiellement conservé… *
Un instrument exceptionnel
L’orgue de la Providence semble le premier témoin dans le Comté de Nice de la facture piémontaise*Les sources documentaires sont lacunaires quant à sa fabrication. On ne connait pas l’identité de son facteur, toutefois il est attesté qu’il a été installé en 1724 en l’église Saint Augustin de Nice.
Lors de la révolution française, le 14 Brumaire an III, les administrateurs du district de Nice ordonnent par arrêté que le facteur Honoré Grinda recueille « dans ses ateliers tous les orgues ou portions d’iceux qui restent dans les ci-devant Eglises et Chapelles de la Commune de Nice, Villefranche ou autres communes de ce district où il pourrait y avoir de ces instruments » Démonté et stocké, l’orgue sera remonté en l’église Saint Augustin pendant le Concordat.
Suite à la commande d’un nouvel instrument pour l’église Saint Augustin, l’orgue est racheté par l’abbé Eugène Spitalieri de Cessole, sur ses propres deniers, pour la somme de 500 lires. Il le met à disposition de l’Hospice de la Providence en 1847 où il est remonté par Joseph Meyer.
L’instrument est composé d’un clavier unique à 47 notes avec octave courte, d’un pédalier 25 notes à l’allemande en tirasse permanente, 12 notes réelles pour les basses sur sommier séparé. Le buffet, d’une largeur de 2m16 en façade est construit en un assemblage disparate de sapin et également de bois de feuillus.
L’orgue (partie instrumentale et buffet) est classé monument historique par arrêté du 20 octobre 2003.
Une double vocation
Outre son intérêt historique et patrimonial, cet orgue une fois restauré aura une double vocation. En effet, sa restauration permettra l’apprentissage de cet instrument au sein de l’école de musique de La Semeuse. Bénéficiant de la présence de la Société de Musique Ancienne de Nice en résidence, le centre culturel La Providence souhaite organiser des concerts autour de cet instrument rare.
La restauration
En grande partie mutilé, l’orgue de la Providence est muet depuis des décennies. La Fondation de Cessole, propriétaire des locaux et de l’instrument, a autorisé les travaux et en a délégué la maîtrise d’œuvre à l’association La Semeuse. La restauration de cet instrument exceptionnel est estimée à près de 200 000 €. Elle a été rendue possible grâce au soutien financier de l’Etat (Ministère de la Culture et de la Communication) et de celui particulièrement conséquent du Conseil Général des Alpes-Maritimes.D’une durée estimée entre 18 et 24 mois, cette profonde restauration comprend pusieurs phases. Elle commencera par un démontage intégral et un référencement des pièces : buffet, alimentation en vent, sommiers, console, transmissions mécaniques, tuyauterie,... Après nettoyage, toutes les pièces subiront un traitement pour permettre leur conservation (corrosion, vers, moisissures...). La restauration permettra ensuite la reprise des parties vermoulues, la fabrication d’un pédalier, le remplacement de fils mécaniques, l’installation d’une nouvelle turbine, la reconstruction des mouvements des soufflets, la remise en peaux des soufflets, la restauration et le remplacement des pièces manquantes, le débosselage, le blanchiment et la réparation de la tuyauterie... Après analyse spectrographique, la couche de peinture marron actuelle sera enlevée pour laisser place aux couleurs d’origine de l’orgue. Enfin, l’instrument sera remonté, mis en harmonie et accordé dans la chapelle de La Providence.
* Semenoux T., Etude préalable à la restauration de l’orgue de la Chapelle de la Providence (Nice), Bordeaux, 2009
